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L’association KAORENGO Porteurs d’Avenir est dédiée au parrainage d’enfants orphelins au Burkina Faso, organisation laïque et solidaire, entièrement bénévole et dont l’objet est la scolarisation et le bien-être des orphelins filleuls.

Les ethnies du Burkina Faso

par François Giordan
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Les ethnies du Burkina Faso

L’Afrique est une mosaïque de peuples qui compte plus de deux mille ethnies. L’Afrique de l’Ouest, et particulièrement le Burkina Faso, n’échappent pas à cette règle d’organisation de la société. L’ethnie est une communauté d’appartenance dans laquelle les membres se reconnaissent dans une descendance et qui constitue un lien de solidarité entre ses membres. C’est un synonyme de tribu. Chaque ethnie ou sous-groupe se caractérise par une langue, des coutumes, un mode de vie, une façon de construire et de décorer sa maison. On verra que ces caractères interagissent pour donner une certaine homogénéité au groupe. De souche réelle ou légendaire, l’ethnie est un puissant facteur de cohésion qui a été largement utilisé par le colonisateur. Plus récemment, dans d’autres régions d’Afrique, des conflits interethniques ont été à l’origine de guerres sanglantes.
Selon la répartition traditionnelle, onze ethnies vivent sur le territoire du Burkina. Certaines, comme les Sénoufo, les Gourmantché ou les Lobi vivent également sur les territoires des États limitrophes.
(Pour désigner les groupes ethniques nous avons conservé la graphie communément admise de l’absence de pluriel)

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I - les principales ethnies sédentaires du Burkina Faso

- Les Mossi sont la communauté la plus importante avec 40 % de la population (représentant environ 6 millions de personnes) installés dans la région centrale du pays à laquelle ils ont donné leur nom, le plateau Mossi. Ils parlent le mooré décliné en quatre dialectes suivant la région. L’empire Mossi s’est constitué entre le XIe et le XIVe siècle et s’est étendu au XVe par les conquêtes de ses guerriers à cheval. L’empire a prospéré 400 ans jusqu’à la colonisation. L’origine des Mossi est légendaire. Yenenga, princesse de l’ethnie Dagomba s’était perdue alors qu’elle explorait son royaume à cheval. Elle fut secourue par Rialé, un preux chasseur Mandé. De leur union naquît Ouedraogo, le premier Mossi (nom encore couramment porté au Burkina). Les Mossi portent à l’occasion des fêtes traditionnelles des masques sacrés très impressionnants. L’habitat traditionnel est composé de concessions regroupées en villages. Les concessions sont constituées de plusieurs cases rondes entourées d’un mur où vit toute la famille. L’espace entre chaque concession permet de cultiver à proximité. Enfin, il faut se souvenir que l’essentiel des tirailleurs « sénégalais » était constitué par des Mossi.

- Les Gourmantché, deuxième communauté du Burkina, sont les « cousins » des Mossi. Le royaume du Gourma a été fondé par le fils ou le cousin de Ouedraogo, Diaba Lompo. Ce dernier se déplaçait sur un cheval volant et on peu encore voir la marque du sabot de son cheval sur un rocher à Pama où il se posa. Pama a d’abord été la capitale du royaume du Goulmou qui a été transférée pour en assurer la sécurité à Fada N’Gourma. La langue est le Gourmantchéma. L’habitat traditionnel est, comme pour les Mossi, constitué de cases rondes à toit de chaume organisées en concessions. La ville de Fada N’Gourma qui est maintenant un gros bourg, où l’association a ses activités. Fada connaît un développement important dû en partie à l’activité du marché aux bétail (bovins, ovins, caprins et asins) créé en 1979. La ville est un carrefour routier qui permet naturellement d’acheminer des animaux provenant du Mali, du Niger et du Burkina pour les diriger vers les pays côtiers. Ce marché est l’un des plus importants et des plus modernes du Burkina et sa visite impressionnante s’impose à tout voyageur qui passe à Fada, ce que ne manquent pas de faire tous les parrains et marraines qui s’y rendent. Les Gourmantché ont un roi que l’association a rencontré par deux fois et qui a montré un très vif intérêt à nos activités.

- On désigne sous le nom de Lobi un ensemble de groupes ethniques Dagari, Gan, Birifor, Pwe, Djan et Lobi proprement dits. Ils sont également présents au Ghana et en Côte-d’Ivoire. Traditionnellement, les Lobi proprement dits étaient des guerriers qui ne quittaient que rarement leurs arcs et leurs flèches empoisonnées. Leurs habitations sont de véritables forteresses sans ouvertures vers l’extérieur et accessibles par le toit. Les murs épais en banco ne sont percés que de petites meurtrières. Une cour intérieure permet de mettre les animaux à l’abri et de faire la cuisine. Les Lobi sont des sculpteurs remarquables et on parle volontiers d’art roman africain pour qualifier leur statuaire. Leur langue est le Lobiri. L’organisation politique est décentralisée à l’exception des Gan qui ont un roi. Ils sont quelques milliers de personnes sur le Burkina, le Ghana et la Côte-d’Ivoire. Un groupe de parrains et marraines a pu rencontrer le roi des Gan au cours d’un voyage. Il a volontiers répondu aux questions notamment sur son rôle coutumier dans la société. L’habitat des Gan est radicalement différent de celui des autres peuples de la région et se compose de cases rondes aux toits de chaume organisées en concessions. Un très intéressant musée à Gaoua est consacré à l’histoire et à la vie de cette ethnie (voir site internet).

- Les Sénoufo occupent l’extrême ouest du pays mais la plupart habite le Mali et la Côte-d’Ivoire. Les castes sont très marquées dans cette société : forgerons, cultivateurs, potiers, etc. un village peut d’ailleurs regrouper une caste unique. Très ancrés dans la tradition animiste, les Sénoufo initient les jeunes garçons aux croyances au cours d’une retraite dans le bois sacré. Ce rite est renouvelé tous les sept ans. Au Burkina ils vivent dans une région très attrayante pour la beauté de ses paysages. Plusieurs sites sont visités par les touristes autour de Banfora (lac de Tengrela, cascades de Karfiguela, Pics de Sindou, Dômes de Fabrédougou). La présence d’abondants cours d’eau a permis d’irriguer des cultures. Les Sénoufo pratiquent culture et élevage. Plusieurs parrains et marraines ont déjà prolongé leurs voyages pour visiter le pays Sénoufo.

- Les Bobos sont environ 300 000 au Burkina si on inclut le groupe des Bwa (ou Bwaba). Ils sont essentiellement agriculteurs (maïs, sorgho, arachide, coton…). Ils ont développé un important artisanat de la poterie. De croyance animiste, ils utilisent à l’occasion d’événements importants de très grands masques en bois et fibres végétales. A Dédougou, en pays Bwa, se tient tous les ans le Festival des Arts et des Masques (FESTIMA).Les Bobos ne connaissent pas de gouvernement centralisé auquel ils préfèrent l’organisation en lignage. Les décisions sont en effet prises par le Conseil des Anciens formé, comme son nom l’indique, par les membres les plus âgés de la communauté. La capitale des Bobos, Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays, doit son nom à l’accolement de Bobo et Dioula à So (maison). Lors de l’arrivée des colonisateurs, les deux peuples Bobo et Dioula revendiquaient la primauté d’occupation du lieu vers le XVe siècle en venant de l’ouest. La visite des Vieux quartiers, de la mosquée tout en banco laissant dépasser son ossature de bois et du marché des potiers laisse un souvenir impérissable.
On ne peut évoquer les Bwa sans citer Nazi Boni (1909 – 1969), un des plus grands écrivains d’Afrique francophone. Il a notamment écrit Crépuscule des temps anciens (édition Présence africaine) qui est une chronique de trois siècles d’histoire du Bwamu jusqu’au début de la colonisation. Son œuvre exprime son souhait de recueillir ce qui subsistait dans la mémoire des anciens. Parallèlement à son activité littéraire il a mené une carrière politique et a œuvré pour favoriser l’éducation à Bobo. Il a été fait Héro national du Burkina Faso.

II - les ethnies nomades
Dans la zone sahélienne, entre la limite nord de l’agriculture et la limite sud de Sahara, les conditions climatiques extrêmes ne permettent rien d’autre que la steppe. Cette zone est le domaine des pasteurs nomades Peuls et Touaregs. Ces deux peuples se partagent de vastes espaces au nord du Burkina Faso.

- Les Peuls, présents dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest mais aussi dans certains pays d’Afrique centrale, sont éleveurs de bovins. Leur origine précise est encore mystérieuse, les archéologues citent L’Éthiopie, le Yémen et même l’Égypte. Les Peuls n’ont d’ailleurs pas terminé leur migration d’est en ouest, se sédentarisant peu à peu pour une partie d’entre eux. Ceux qui se sédentarisent vivent dans les villes, se sont convertis à l’Islam et forment, comme à Ouagadougou une forte communauté de commerçants. Les nomades sont touchés par la pauvreté et l’analphabétisme. Ils ont conservé leur religion traditionnelle animiste et leur attirance pour les grand espaces. On reconnaîtra facilement les Peuls nomades à leur tenue vestimentaire traditionnelle richement agrémentée de colliers et bracelets. Les femmes affectionnent les coiffures ornées de pièces de monnaie anciennes. Le marché aux bestiaux de Fada (voir le numéro précédent d’ESP) est un lieu important de leur activité d’achat et de vente de vaches. Il est donc habituel de croiser des groupes de femmes tant au marché aux bestiaux qu’au marché central de Fada. La migration de ces importants troupeaux est souvent une source de conflits avec les agriculteurs de la région qui pâtissent des dégâts qu’ils font à leurs cultures.
Le révolutionnaire Thomas Sankara était originaire d’une communauté dite Peul-Mossi établie dans deux provinces occupées par les Mossi (Passoré et Yatenga).

- Les Touaregs, qui se situent légèrement plus au nord peuplent les zones désertiques du Mali, du Niger, de l’Algérie, de la Libye et, concernant le Burkina Faso, l’extrême nord du pays. On les appelle les Hommes bleus, en référence à la couleur de leurs boubous ou les seigneurs du désert en raison des razzias qu’ils menaient pour capturer des esclaves. Les Touaregs sont d’origine berbère et ils ont peu à peu migré vers le sud du Sahara. Au début de notre ère, dans ces régions qui se désertifiaient, le cheval, devenu trop vulnérable en raison de la chaleur et de la soif a été remplacé par le dromadaire élevé en Arabie. Ainsi les Touaregs ont pu développer le transport caravanier de produits manufacturés et surtout de sel. Ils étaient, jadis, regroupés en tribus autonomes sans jamais fonder de royaumes, à l’instar des autres peuples de la région. Ces tribus étaient très hiérarchisées. Les nobles, qui étaient des guerriers et les marabouts des lettrés musulmans, en formaient la classe dirigeante.
Aujourd’hui l’activité caravanière est devenue l’exception et les Touaregs qui restent nomades vivent principalement de l’élevage. La sécheresse du Sahel survenue dans les années 1970 qui a anéanti une bonne partie des troupeaux a conduit beaucoup de Touaregs à se reconvertir à d’autres activités et à se fixer en ville. On les trouve chauffeurs routiers, mineurs, artisans, employés de maison, pour ceux qui ont trouvé un emploi. Les autres sont vendeurs à la sauvette de bijoux et autres babioles, contraints de harceler les touristes en ville pour les convaincre de leur acheter quelques souvenirs. Toutefois, les marchés aux artisans (Village artisanal à Ouaga par exemple ou le SIAO *) présentent une abondance de produits artisanaux de très belle facture, qui mettent en œuvre les peaux.
Aujourd’hui, le maintien des Touaregs dans leurs traditions par certaines ONG au non d’une liberté séculaire fait polémique. Il est reproché à ces organisations d’isoler les Touaregs d’une nécessaire adaptation au monde moderne, de les priver de la liberté d’aujourd’hui qui est celle d’apprendre à lire et à écrire, d’envoyer leurs enfants à l’école, alors que cette adaptation est sûrement la seule voie pour sauver ce peuple de la misère et de la disparition.

Ainsi, chaque ethnie a son histoire, ses traditions, ses croyances, sa langue. Des communautés sont cousines de par le lien de parenté des fondateurs, tandis que d’autres sont dans un rapport de maître à esclave suivant l’ascendance d’une ethnie sur l’autre. Aujourd’hui encore, il est fréquent d’entendre que les premiers mots échangés entre des personnes qui ne se connaissent pas portent sur leurs appartenances ethniques respectives. C’est dire l’importance pour chacun de s’identifier à un groupe, de se reconnaître dans une parenté.

François Giordan

* SIAO : Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou qui se tient tous les deux ans – voir le site



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